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lundi 23 avril 2018 / 19h40

sur le vif

Paroles de manifestants

publié le 25 mars 2010 à 10h58 / écrit par Véronique LOPEZ , Diverses Cités / lu 3340 fois / commenté 0 fois



Au lendemain – ou presque - des élections régionales qui ont mis une claque à la politique menée par Sarkozy et le gouvernement Fillon, diverses-cites.fr est allé à la rencontre des manifestants du 23 mars à Paris, entre République et Nation, dans les nombreux cortèges de la Seine-Saint-Denis. Près de 800 000 manifestants à Paris selon les syndicats. On veut bien les croire. Il y avait du monde sur le parcours et une flopée de drapeaux rouges de la CGT dont le cortège n’en finissait pas.
Instantanés de vie quotidienne pris « sur le vif » et ces paroles de manifestants expriment la volonté de lutter pour défendre la justice, les services publics, l’emploi, les salaires et les retraites.

Pascal de Saint-Gobain Aubervilliers

« Je suis dans la manif pour revendiquer nos droits : garder notre retraite à 60 ans, protester contre les salaires qui n’augmentent pas alors que la vie est chère et pour défendre l’avenir de nos enfants. On dit aux jeunes de faire des études et malgré leur bon niveau scolaire, c’est le chômage !
Je suis agent d’essai au centre de recherche travaille dans la recherche à Saint-Gobain à Aubervilliers. Je travaille sur l’isolation, l’emballage, les nouvelles technologies. Après 20 ans de boîte, je gagne environ 1900 euros net par mois mais sans les primes d’ancienneté et d’éducation enfants je serai seulement à 1700 euros net. Il y a 20 ans, on était embauché avec un CAP ou un bac maintenant pour les nouveaux c’est bac + 3.
Ici les gens protestent mais dans la vie de tous les jours, ils en ont marre. Ils n’en peuvent plus. Il y a trop d’injustice. Par exemple, je ne suis pas allé voter dimanche aux Régionales. Je n’y crois plus. La politique est devenue une profession et les politiques s’occupent plus de leurs intérêts personnels que de l’intérêt général. C’est ce que je pense et je ne suis pas le seul si l’on regarde le taux incroyable d’abstention. Par contre, je suis engagé syndicalement et milite à la CGT car je crois qu’il faut se battre tout le temps, ne rien lâcher. »

Marie-Françoise et Estelle de la CAF en Seine-Saint-Denis

Marie-Françoise : « Je travaille à la Caisse d’allocation familiale (CAF) de la Seine-Saint-Denis. Les CAF souffrent énormément du manque d’effectif. Le mot d’ordre de cette manif n’est pas fourre tout contrairement à ce que disent certains journalistes ; On est là pour l’emploi. Il y a beaucoup trop de personnes en CDD et on voudrait qu’ils soient embauchés en CDI. On est là pour les salaires qui n’augmentent pas et défendre la retraite. C’est que tout est lié. Si on a de meilleurs salaires, s’il y a plus d’emploi, on aura aussi des meilleures retraites. Par contre si le gouvernement gère les services publics comme des entreprises, comme c’est la tendance actuellement, s’il gèle nos salaires et n’embauche pas alors automatiquement il y aura moins de cotisations et donc moins de retraite. »
Estelle (à droite sur la photo) « Ma collègue parle d’entreprise alors qu’on est un service public mais il faut savoir qu’au niveau local, la CAF est une structure privée. Et que désormais, on considère les allocataires comme des clients. Tout est géré comme une entreprise privée. A cause de la dégradation des conditions de travail, on n’est plus dans la capacité de rendre le service public. »
Marie-Françoise : « A Saint-Denis, il y a des queues immenses, des gens qui attendent quatre heures pour avoir un renseignement. On est là pour ça car le service public se dégrade. Ca fait 40 ans que je travaille et je n’ai jamais connu une telle situation et pourtant des sommes folles ont été investi dans l’informatique au détriment des embauches et ça n’a rien réglé. Il y a beaucoup de précarité et on ne peut plus faire face à la demande sociale.
Il faut profiter de la dégringolade du gouvernement et de la claque de la droite aux régionales mais pour moi cette manif est déconnectée de la politique. Nous, on va changer de ministre. On avait Darcos et maintenant on aura Woertz, ce qui n’est pas mieux. Alors c’est bien qu’il y ait une manif après les élections. Et je suis assez surprise de la mobilisation qui est assez bonne. »

Muriel Tendron-Fayt, maire adjointe à La Courneuve et vice présidente de Plaine Commune

« Les attaques contre le service public, l’emploi, la retraite sont tellement fortes qu’une journée comme celle-ci, ça fait du bien. On se retrouve ensemble. A La Courneuve les salariés dAlstom ont gagné au tribunal, ont fait reconnaître la discrimination syndicale.
On peut aussi parler aussi de discrimination territoriale. L’idée a été lancé à La Courneuve mais prend et germe ailleurs. On estime qu’on mérite réparation sur notre territoire qui a subit et continue de subir des injustices en permanence. On peut parler de la situation des Roms par exemple. On a travaillé avec l’agglomération pour créer deux villages d’insertion mais ça ne suffit pas et l’Etat ne nous aide absolument pas. Même la tenue d’une table régionale sur cette question est restée lettre morte. C’est profondément injuste cette situation. Les villes font ce qu’elles peuvent mais elles ne peuvent pas tout.
Au lendemain des Régionales, une telle manifestation, de belle ampleur, c’est le plaisir de continuer à se battre contre Sarkozy. Forcément on se retrouve, on se compte entre amis, camarades pour aussi porter plus forts les idées de gauche, ça donne la pêche et on en a besoin. »

Samba et Mamadou, intérimaires dans le bâtiment et sans papier

Samba : « Avec la crise, on ne travaille plus du tout. Et on n’a pas de papiers non plus. Dans le BTP il y a beaucoup travailleur étranger sans papier. Je viens du Mali et il y a quatre ans que je suis venu en France ».
Mamadou (à droite sur la photo) : « Je suis maçon depuis 10 ans en France. Je cotise, paye mes impôts et je n’ai pas de papiers c’est aussi pour ça que je suis là aujourd’hui. Je suis Malien à 100 %, je ne suis pas un voleur ou un délinquant, je travaille. Même les employeurs ils nous soutiennent mais le problème c’est au niveau du gouvernement qui ne veut pas nous légaliser. Bien sûr, les patrons au début ils nous prennent nous pour nous payer moins cher mais ce qui manque pour être régularisé et pouvoir faire valoir nos droits c’est la loi. Il faut que le gouvernement sache que nous ne sommes pas des bandits. Nous sommes des travailleurs, des êtres humains. On veut juste pouvoir travailler tranquillement en France. Avec des papiers. »

Marie-Christine et son fils Loïc (8 ans), fan de manif’

« Je suis assistante maternelle à Paris dans un centre depuis neuf ans, dans les crèches pour les enfants de 0 à 3 ans. En ce moment notre secteur bouge beaucoup et on proteste contre les réformes en cours. On est en réduction d’effectif et les budgets diminuent constamment au détriment des usagers. On travaille beaucoup avec les mères célibataires en précarité et désormais les budgets sont réduits, les activités éducatives, culturelles, sportives… ne sont plus possibles. On est désormais ici aussi dans une logique d’entreprise, de rendement. Il faut vite accueillir, vite faire sortir des dispositifs d’aide tout ça au détriment de la prise en charge. Par exemple, l’accueil de mère en précarité pouvait se faire dans des chambres toutes équipées. Depuis peu, on leur demande d’apporter leur matériel et comme elles sont démunies, elles manquent de tout. Avec la crise ces femmes souvent jeunes dont la grossesse n’est pas forcément choisie sont souvent exclues des familles et se retrouvent seules dans des hôtels.
La manifestation est un peu tristounette, on sent la désespérance des gens je trouve mais il faut quand même y aller… »

Mathieu, professeur d’histoire géo à la Courneuve

« Je suis prof d’histoire géo depuis 2001. Je suis actuellement au lycée Jacques Brel à La Courneuve et militant du Snes. Avant les vacances scolaires, il y a eu trois jours de grève reconductible à propos de la réforme de la formation des maîtres qui entend supprimer les IUFM et réformer les professeurs stagiaires. Actuellement ils ont une décharge horaire qui leur permet de faire seulement huit heures de cours et le reste du temps ils sont à l’IUFM. A partir de l’année prochaine, ils seraient à plein temps devant une classe et ça nous effraie beaucoup. Ils vont souffrir face aux élèves.
J’ai 32 ans et je suis passé par l’IUFM. Il est critiquable - et a été beaucoup critiqué - mais de là à considérer qu’on n’a pas besoin de formation professionnelle c’est un pas qu’on ne franchira jamais. Le concours donne une bonne formation dans la discipline à enseigner mais ne forme pas à être enseignant et le temps de réflexion, le temps d’apprentissage devant une classe est important.
Le problème quotidien de l’école aujourd’hui, ce n’est pas la violence mais les conditions de travail et des restrictions budgétaires.
Ce qui est vraiment important c’est les conditions dans lesquelles les élèves travaillent. Avoir des classes de terminales à 35 élèves à La Courneuve, c’est bien qu’il y a quelque chose qui ne va. Alors, on travaille, on fait le programme pour les 35 mais on ne peut pas s’occuper autant qu’on le voudrait des élèves les plus faibles. D’où l’échec scolaire. Les élèves des milieux populaires demandent plus d’attention, plus de soins et d’efforts que les autres mais ils méritent qu’on leurs apportent mais pour ça il faut diminuer les effectifs. »

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